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 Ode à la vue [PV Emile Somerset]

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Inozemtsev Avdeï

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MessageSujet: Ode à la vue [PV Emile Somerset]   Mer 26 Aoû - 7:42

hrp:
 

"[...]La vielle dame m’avait dit un jour
Que le bonheur est dans le mouvement
Dans la fluidité entre deux étapes, deux états
Et nulle part ailleurs.

Devant moi, toujours, mon enfance
L’air chargé de sel, porté par le vent
Ces milliers d’étincelles dans l’eau
Ces milliers de pensées insaisissables
Et le son des galets brassés par les vagues
Qui me bercera jusqu’à l’infini."

Lorsqu'il ne travaillait pas, Ava avait un péché mignon. Il n'en aurait parlé à personne, et nul ne le savait, à l'exception peut-être de la personne en charge de la bibliothèque. Il passait la porte, silencieux, et s'installait en un coin calme, que lui seul connaissait, pensait-il, où il pouvait entendre l'un ou l'autre client lire ou déclamer à voix haute ou non. Ils n'y étaient certainement pas véritablement autorisés, pas plus que lui-même n'aurait dû se trouver en cet endroit, mais cela n'avait jamais rien prévenu. Ce jour n'avait pas fait exception, et c'était ainsi qu'il avait entendu, du bout de l'oreille, bercé par les rimes et la voix basse, ce fabuleux poème.

Le bonheur était dans le mouvement. Non pas le mouvement physique, non pas le passage d'un état assis, à un état debout, d'un état marchant, à un état courant, non, mais bel et bien d'un état métaphysique à un autre. La fluidité d'un sentiment, si variable souvent, qu'il fût causé par un mot, une pensée, un son, une musique, même. Un mouvement. Le mouvement symphonique était porteur, en lui-même, de changement. L'entrelacs complexe des instruments était en lui-même d'une fluidité insurmontable, le principal devenant secondaire, le secondaire tertiaire et celui-ci, que personne n'avait entendu, à qui personne n'avait prêté attention, devenait capital, le centre de l'attention. Là était, semblait-il, la magie de l'orchestre, et l'une des clefs de la sérénité. De la joie. Du bonheur. Ils étaient l'inverse de la solitude. Un solo était un mouvement. Mais un seul et indivisible. En définitive, épuisant, même.

Puis la mer. Les pensées, les falaises, le son des galets. Il lui semblait même les entendre, la tête posée sur ses genoux. Le ressac de son jeune âge, car il ignorait s'il avait véritablement eu une enfance à proprement parler. Une tempête était symphonique, elle avait cette qualité transcendantale. Le fracas de l'eau contre les rochers, la musique de la pluie battante sur les galets, sur le toit fragile de sa grotte, les embruns fouettant son visage, le déchaînement du tonnerre et, parfois, les hurlements terrifiés des marins noyés, ballottés, maltraités, torturés, anéantis, engloutis, dévorés par cette mer nourricière et vorace.

Ce fut en entendant une commotion qu'il fut sorti de sa rêverie. Il n'était pas recherché, non. Il n'était même pas mentionné. Pourtant l'heure semblait avoir fui entre ses doigts agiles. Il se restreignait dans ses plaisirs, ne voulant en abuser. Car chaque bonne chose avait une fin, aussi espérait-il, en ne l'usant qu'avec parcimonie, la conserver un peu plus longtemps. Il se releva donc, son horrible tenue invisible à ses yeux, et il parcourut les quelques mètres le séparant de la porte en effleurant de la main les volumes de cuir, si doux au toucher. Il franchit la porte sous le regard étonné des clients, et accéléra le pas.

Le couloir étant droit, aucun obstacle ne devait se trouver sur son chemin. Aucun son ne dénotait de la présence de qui que ce fut en cet endroit où il n'aurait pas dû être. La cécité n'était pas une excuse, et il refusait de s'en servir à cette fin. Un pas silencieux après l'autre, il avança sur le tapis, surpris par une soudaine ouverture de porte dans son dos. Il fut poussé, chut, battant des mains pour se rattraper, accrochant apparemment une tenture, qui vint s'enrouler sur lui, prostré au sol. Aucun obstacle...

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Dernière édition par Inozemtsev Avdeï le Mar 8 Sep - 22:13, édité 2 fois
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Somerset Émile


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MessageSujet: Re: Ode à la vue [PV Emile Somerset]   Lun 7 Sep - 9:12

Les jours où le soleil n’est pas caché derrière un épais rideau de nuages, Émile se plait à les passer le plus en extérieur possible. S’il ne lui est plus possible de profiter de la beauté d’un paysage ensoleillé, il est encore capable de sentir la chaleur de l’astre solaire lui caresser la peau, délicatement. S’assoir sur un banc, et écouter le temps qui passe. La vie qui l’entoure. Il se cache parmi la foule, invisible aux yeux des autres, tandis que lui observe à sa manière, en silence. Et c’est exactement ce qu’il a fait, aujourd’hui. Il a profité du beau temps, assis sur un banc. Les sonorités, les odeurs… il a profité de tout ce qu’il a pu. Profité des présences autour de lui. Des odeurs des personnes venant s’installer à ses côtés, l’espace d’un instant, pour fumer, avant de reprendre leur chemin. Ou bien les voix d’un couple en pleine conversation, préparant leur mariage à venir, parlant de leurs futurs enfants. Et puis, une femme s’est assise à côté de lui, pour lire. Il ne le savait pas, au début. Il a seulement entendu le bruit des feuilles que l’on tourne. Si bien qu’il s’est orienté vers elle, lui offrant son plus beau sourire avant de lui demander très poliment, et tout doucement, si elle voulait bien lire à voix haute. La dame eu l’air surprise. Du moins c’est ce qu’il a ressenti, dans le ton de sa voix. Mais elle a fini par accepter, et s’est même prise au jeu. Si au début sa voix se faisait hésitante, un peu tremblotante, aux intonations pas toujours exactes, il semblerait qu’elle se soit très vite prise au jeu. Sa voix se fait plus ferme, plus assurée, et il y a même ce petit éclat de rire qui plait tant à Émile. Il écoute, alors, religieusement, un sourire satisfait sur les lèvres. Et ça a duré ainsi, pendant quelque temps. Jusqu’à ce que quelqu’un, qu’il a rencontré lors d’une réception, s’arrête, pour venir lui parler, interrompant ainsi son moment de complicité avec une parfaite inconnue qui lui faisait gentiment la lecture. Mais lui, polit, il a simplement entamé la conversation, avec l’homme dont il ne se souvenait pas du nom. Seulement de la voix. Les voix le marquent, tout le temps…

L’homme l’a alors invité à aller marcher un peu. Un bras s’est enroulé délicatement autour de ses hanches, la main venant se loger sur ses reins. Et en à peine quelques instants, avec quelques mots gentils, tendres, Émile était de nouveau tombé dans le piège de son cœur beaucoup trop sensible pour être raisonnable.

C’est ainsi qu’il se retrouve dans ce lit, dans cette chambre, dans cet hôtel, de nouveau… et seul. L’autre est parti. Il l’a aimé, de manière très brève, avant d’attendre religieusement que le jeune homme sentimentalement fragile ne s’entendre, pour fuir. Comme tous les autres. Et une fois encore, Émile se réveille seul, un petit tas d’argent à côté de lui. Il ne comprend pas pourquoi tous lui donnent des billets. Il soupire, doucement, se lève, avant de se diriger vers la salle de bain pour faire sa toilette. Il commence à les connaître, ces chambres… Une fois propre, séché et rhabillé, il se dirige alors vers la porte. Il a laissé l’argent sur le lit. Celui ou celle qui viendra faire le ménage sera sûrement content de se faire un petit extra. Lui n’en a pas besoin.

Il se sent triste, tout de même. Son nouvel amour a encore foutu le camp. Avec la belle au bois dormant ? Il l’ignore. Il longe le couloir, direction ce qu’il lui semble être la sortie. Il se fait silencieux. Très silencieux. Jusqu’à se prendre les pieds dans le tapis… et renverser quelqu’un. Quelqu’un qui lui aussi était silencieux. Il geint, plaintif, lorsque leurs deux corps entremêlés heurtent le sol, avant de s’excuser religieusement. Quel idiot il fait, à ne pas lever les pieds. Il le sait pourtant que ce tapis-là est traitre. Ce n’est pas la première fois qu’il se prend les pieds dedans après tout.

« Excusez-moi, je suis sincèrement navré je… je n’ai pas vu le tapis et… et je ne vous ai pas vu… ni entendu… »

Il n’aime pas mettre en avant son handicap. Aussi, le fait de parler de voir ou, dans ce cas, ne pas voir, permet souvent aux autres de penser qu’il est « normal », comme disent la plupart de son entourage. Parce que Émile, il n’est pas qu’un handicap. Il est une personne entièrement capable, derrière sa cécité.

« Je vous prie de bien vouloir me pardonner. J’espère que vous n’avez rien de cassé… je… quel empoté je fais… »

Il tente de se défaire du corps étranger, mais n’y voyant justement rien, c’est un peu compliqué… quel idiot, quand il s’y met… quel boulet…
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Inozemtsev Avdeï

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MessageSujet: Re: Ode à la vue [PV Emile Somerset]   Mer 9 Sep - 22:46

Ce qu'il avait pris pour une porte n'était en réalité nulle autre qu'une personne. Un autre visiteurs, un client probablement, dans cette aile du manoir. Il l'entendit gémir et la peur qu'il se soit blessé vainquit son propre inconfort. Celui-ci n'était nullement physique, il tombait trop souvent pour craindre encore de se blesser de la sorte. La douleur n'était après tout qu'un rappel de sa vivacité. Tant qu'il souffrait, il était en vie. Parfois le seul moyen de s'en rendre compte dans cette absence perpétuelle de lumière. Non, elle était plutôt due au fait qu'il était effectivement empêtré dans un tissu, quel qu'il fut, s'étant enroulé autour de lui et restreignant ses mouvements. En bon oiseau qu'il était, cela ne lui convenait guère. Il lutta pour trouver son air, les sons comme étouffés sous l'épaisseur de la tenture, effrayé à l'idée de frapper malencontreusement celui ou celle qui lui était rentré dedans en se débattant. D'autant qu'il était plus ou moins sur lui et que leurs membres s'étaient autant emmêlés. Il était, à proprement parler, bloqué.

Il combattit la panique qui le menaçait, se concentrant sur cette voix. Il l'avait déjà entendue, mais pas suffisamment fréquemment pour qu'il s'agisse d'un employé. Un client régulier, donc. Masculin, sans doute aucun. Il était, après tout, affalé sur lui. Et gêné, de toute évidence. Après quelques instants d'incertitude, il parvint à extraire sa tête et une main du tissu, et il put alors s'exprimer clairement. Il se sentait déjà bien mieux de pouvoir respirer librement.

"N'ayez crainte, honoré client, la faute est mienne, je n'aurais dû me trouver sur votre chemin, je vous prie de bien vouloir m'en excuser. Vous êtes-vous blessé dans votre chute?"

Il n'avait bien évidemment pas répondu à sa question, tout comme il n'aurait pas évoqué le fait qu'il s'inquiétait de l'avoir entendu geindre. Lentement il entreprit d'explorer de la main le bord de la tenture, afin d'en trouver les tenants et aboutissants et de, finalement, s'en défaire. Ce ne serait probablement pas dans l'immédiat, cependant... Il sentit ses doigts se poser sur un tissu bien différent, et chauffé par un corps qui n'était pas le sien. Il les retira bien vite, s'excusant à nouveau, sa voix oscillant entre mâle et femelle, d'une pureté enchanteresse. La panique ne faisait rien de bon à son contrôle.

"Une fois encore, je suis navré, honoré client. Il semblerait que nous nous soyons emmêlés dans un rideau, ou une tenture, que j'aurais décroché en chutant. Si vous en voyez le bout, je vous laisserai vous en démêler d'abord, je risque de prendre plus de temps..."

Il lui offrit un sourire, comme toujours lorsqu'il devait expliquer sa cécité. Cependant, il partait du principe que dans leur proximité, cet homme n'aurait manqué de remarquer ses paupières closes et en aurait déduit cela de lui-même. Inconfortable mais nécessaire aveu, en quelque sorte...

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